Maisons de repos, hôpitaux, services de soins à domicile et structures pour personnes en situation de handicap partagent partout en Belgique le même problème: ils n'arrivent pas à recruter assez, et ceux qu'ils recrutent ne restent pas toujours.

La vidéo est un outil réellement utile ici, et c'est aussi celui qu'on utilise le plus souvent d'une façon qui aggrave le problème. Un film léché sur la passion et l'esprit d'équipe attire des candidats qui imaginaient un autre métier, et qui partent après le premier mois difficile.

Le candidat a déjà fait ce métier ailleurs

La plupart des gens qui postulent chez un employeur du soin ne débutent pas. Ils ont fait une nuit, ils savent ce que veut dire être en sous-effectif, et ils voient en dix secondes si une vidéo a été faite par quelqu'un qui a mis les pieds dans un service.

Ce qu’ils repèrent immédiatement

Des couloirs vides. Un personnel qui sourit et dont personne ne fait rien. Un directeur qui parle de valeurs sans que personne ne soit visible derrière lui. Une musique qui appartient à une publicité de banque.

Ce qu'ils cherchent à la place est banal et précis: combien de personnes il y a à cet étage, à quoi ressemble la transmission, si le matériel est récent, si quelqu'un a l'air pressé, et à côté de qui ils travailleraient réellement.

Ce qui décide une candidature

Ce dont parle l’employeurCe sur quoi le candidat décide
Nos valeurs et notre missionSi l'équipe de cet étage a l'air calme
Un bâtiment moderneS'il y a assez de monde la nuit
Le développement de carrièreSi l'horaire est prévisible
Une ambiance convivialeSi quelqu'un l'aidera quand ça se passe mal
Des conditions attractivesLe trajet, les heures, le planning

La colonne de droite n'est pas cynique, elle est pratique. Une personne qui choisit entre deux employeurs aux conditions proches décide sur ce qui façonne un mardi, et la vidéo est le seul format capable de montrer un mardi.

Filmer là où des gens vivent, c’est différent

Un lieu de soin est à la fois le domicile de quelqu'un et sa situation médicale. Cela passe avant la liste de plans, toujours.

Le consentement n’est pas un formulaire

Les résidents, les patients et les familles doivent savoir ce qui est filmé, pourquoi, où cela paraîtra, et que dire non ne change rien à leur prise en charge. Obtenez-le à l'avance, par écrit, et redemandez le jour même, parce qu'une personne qui a accepté la semaine dernière peut ne pas vouloir aujourd'hui.

Quiconque ne peut pas donner un consentement éclairé ne doit pas être identifiable, et aucun cadrage habile ne rend cela acceptable. Le personnel aussi mérite qu'on lui demande correctement plutôt qu'on le prévienne pendant un service.

Ce qu’on ne filme pas

Le soin lui-même, dans presque tous les cas. L'hygiène, les gestes médicaux, la détresse, tout ce qui gênerait la personne qui le verrait plus tard. Il existe une version de ces images qui paraît forte et qui est une atteinte, et le fait qu'un consentement ait été signé ne la rend pas juste.

La bonne nouvelle, c'est que les images utiles sont ailleurs: la réunion de transmission, le couloir au changement d'équipe, deux collègues qui rient dans la salle de pause, des mains qui font du café, une infirmière qui explique à quoi ressemble la première heure d'un service.

La vidéo ne fait pas tout, elle raccourcit le doute

Une vidéo de recrutement ne réglera pas seule une pénurie, et l'attendre est la façon dont un budget se gaspille puis se coupe.

Ce qu'elle fait bien, c'est enlever de l'incertitude avant une candidature. Un candidat qui a vu le bâtiment, rencontré deux futurs collègues à l'écran et entendu une description honnête du planning arrive à l'entretien à moitié décidé, et l'entretien cesse d'être une audition pour devenir une conversation.

Cet effet se mesure, contrairement à la plupart des contenus: des candidatures qui mentionnent la vidéo, des entretiens qui demandent moins d'explications, et surtout des gens encore là à six mois parce que rien ne les a surpris.