Trois régimes distincts, une seule question. En Argentine, ce qu'une vidéo peut faire quand le public est composé d'enfants n'est pas dans un texte unique : c'est réparti entre la loi d'étiquetage frontal, la loi sur l'alcool et les règles de jeu de chaque juridiction. Mais les trois se déclenchent sur la même question, et c'est celle à laquelle on ne répond presque jamais par écrit.
La question n'est pas « est-ce que des enfants apparaissent ? ». C'est « cette pièce s'adresse-t-elle spécialement à des enfants ? ». Ce sont deux choses différentes, et les confondre fait perdre des campagnes des deux côtés : on refuse des pièces qui allaient bien et on publie des pièces qui n'allaient pas.
La même question, avec des conséquences différentes
Pour les aliments et boissons sans alcool emballés portant au moins un sceau d'avertissement, la réponse positive déclenche une interdiction totale : ce produit ne peut pas être publicité de façon spécialement dirigée vers les enfants et les adolescents. C'est le cas le plus dur et il est développé dans étiquetage frontal et UGC.
Pour les boissons alcoolisées, la publicité ne peut pas se diriger vers des mineurs de dix-huit ans ni utiliser des mineurs en train de boire. C'est une interdiction de contenu et de destinataire à la fois.
Pour les paris, la pièce ne peut pas viser des mineurs, et s'y ajoute la question de l'habilitation par juridiction, qui est un problème à part.
Ce qui change entre les trois régimes, c'est la sanction et la portée. Ce qui ne change pas, c'est le critère : quelqu'un regardera la pièce finie et décidera à qui elle parlait.
Comment se décide si une pièce s'adresse à des enfants
Il n'y a pas de liste fermée, et en attendre une est la façon la plus sûre de se tromper. On lit l'ensemble, et trois couches pèsent.
Ce que la pièce montre et comment elle sonne
Personnages enfantins, animations, dessins, mascottes, couleurs plates et saturées, musique de type enfantin, voix aiguës, rythme de montage très court, humour de cour d'école. Aucun de ces éléments ne décide seul ; trois ensemble décident presque toujours.
Le test rapide est de montrer la pièce sans le son à quelqu'un qui ne sait pas de quel produit il s'agit et de lui demander quel âge a le public. La réponse qu'il donne en deux secondes vaut plus que le brief.
Où elle vit et à qui on la montre
Une même pièce change de nature selon le format et le compte où elle est publiée, et surtout selon le ciblage de l'achat média. Une vidéo correcte sur un compte d'adultes peut devenir une infraction par une décision média que le créateur n'a pas prise et qu'il ne connaît parfois même pas.
C'est pour cela que la question du ciblage se pose avant le tournage et par écrit, pas après dans un rapport.
Ce que dit le brief, et ce qu'il fait
Les briefs disent rarement « pour enfants ». Ils disent « familial », « pour toute la famille », « amusant », « frais ». Ces mots décrivent un ton, pas un public, et ils ne protègent rien.
Quand le brief les emploie, il vaut la peine de renvoyer une question concrète : à quelles tranches d'âge la pièce sera-t-elle montrée. La réponse écrite change la conversation, et si elle n'arrive pas, c'est une information aussi.
Le mineur qui apparaît dans la vidéo est un autre problème
Il vaut mieux le séparer, parce qu'on le mélange toujours. Qu'un enfant apparaisse dans la pièce ne la transforme pas automatiquement en publicité dirigée vers des enfants, et une pièce dirigée vers des enfants peut n'avoir aucun mineur à l'écran.
Filmer un mineur ouvre son propre jeu d'obligations. La loi 26.061 protège ses droits, y compris ceux qui touchent à son image, à son intimité et à sa dignité, et cette protection ne se règle pas avec une autorisation générique signée à la hâte.
En pratique, cela veut dire trois choses. L'autorisation est donnée par ceux qui exercent la responsabilité parentale, par écrit, et de préférence les deux. La portée de l'usage s'écrit comme pour un adulte : quels supports, combien de temps, sur quel territoire. Et le mineur a le droit d'être entendu sur ce qu'on fait de son image, ce qui sur un tournage se traduit par ne pas filmer un enfant qui ne veut pas l'être, même si l'autorisation est signée.
Il y a en outre une quatrième couche, qui dépend de la juridiction et du type de participation, et qui touche aux conditions dans lesquelles un mineur peut travailler. Elle ne se règle pas en lisant un article : elle se vérifie avant d'engager une date de tournage.
Ce qu'une mention dans la description ne règle pas
Écrire « contenu réservé aux plus de 18 ans » sous la vidéo, activer une restriction d'âge sur la plateforme ou poser un avertissement au début sont des mesures utiles, et aucune d'elles ne transforme une pièce dirigée vers des enfants en une pièce qui ne l'est pas.
La raison est simple : ces outils agissent sur qui peut voir le contenu sur une plateforme, et la norme regarde à qui la pièce parle. Une vidéo avec des personnages animés et une musique enfantine reste dirigée vers des enfants même si la plateforme la marque comme contenu adulte.
Elles servent, cela dit, à ce qu'elles sont vraiment : réduire la portée réelle auprès des mineurs. Ce sont une couche d'atténuation, pas une défense.
Combien de temps dure l'autorisation d'un mineur
Une autorisation signée aujourd'hui ne couvre pas pour toujours, et dans le cas d'un mineur cette différence pèse plus que chez un adulte : la personne qui pourrait s'opposer dans quelques années à l'usage de son image n'est pas celle qui a signé.
C'est pour cela qu'il vaut mieux écrire une durée courte et explicite plutôt que le « perpétuel et mondial » qui apparaît par défaut dans les contrats de cession, et prévoir ce qui se passe quand cette durée expire. Une marque qui veut continuer à utiliser la pièce renouvelle ; celle qui ne le fait pas la retire.
C'est la clause qui suscite le plus de résistance et qui évite le plus de problèmes, précisément parce qu'elle oblige à décider aujourd'hui quelque chose qu'on laisse normalement ouvert.
Avant de tourner
- Écrire dans le brief à quelles tranches d'âge la pièce s'adresse. Une ligne. Si personne ne veut l'écrire, le problème est là.
- Passer en revue les éléments visuels et sonores un par un, et retirer ceux qui visent les enfants si le produit ne le permet pas.
- Demander le plan média avec le ciblage par âge, par écrit, avant d'accepter.
- S'il y a un mineur à l'image, régler les autorisations avant de réserver la date, pas le jour du tournage.
L'objection des marques est que ce critère exclut les familles, qui sont le public naturel de beaucoup de produits. Il ne les exclut pas : on peut parler à un adulte qui achète pour sa famille sans utiliser les codes qui visent l'enfant. La pièce qui montre une mère réglant le goûter n'est pas dirigée vers des enfants ; celle qui utilise un personnage animé et une chanson entêtante, si.
Sources
- Loi 27.642 de promotion de l'alimentation saine, texte
- Loi 24.788 de lutte contre l'alcoolisme, texte
- Loi 26.061 de protection intégrale des droits des enfants et adolescents
- Décret DNU 274/2019, loyauté commerciale
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