Vous faites défiler, et voilà vos mains.
Même cuisine, même produit, même cadre que vous avez composé. Une voix que vous n'avez jamais entendue parle par-dessus, dans une langue que vous ne parlez pas, pour une campagne dont personne ne vous a parlé. Rien n'a été volé et personne ne vous a menti. Il y a huit mois, à la fin d'un projet cordial, quelqu'un a demandé les fichiers bruts et vous les avez envoyés.
Trois raisons de demander, et une seule concerne la qualité
La demande arrive toujours dans les mêmes mots neutres. Les motifs derrière, eux, ne le sont pas du tout.
Ils veulent l'autre langue
En Belgique c'est la raison la plus fréquente et elle n'est presque jamais dite. Une marque qui détient vos images en français peut faire poser une voix néerlandaise par-dessus en un après-midi, en interne, pour le prix d'un après-midi.
C'est le deuxième marché que vous alliez leur vendre. Il n'est pas déraisonnable de leur part de le vouloir bon marché. Il est déraisonnable de votre part de le céder par transfert de fichiers en appelant ça du bon service client.
Ils veulent continuer à monter quand vous ne serez plus là
Six montages depuis un seul tournage, une version par gamme, un format court la saison prochaine. Parfaitement légitime, réellement précieux, et valant exactement le prix des vidéos que cela remplacera.
Ils ont vraiment besoin de quelque chose de précis
Une version carrée pour une fiche produit, un format plus court pour du pre roll, un plan sans le sous-titre incrusté. C'est la minorité honnête des demandes, et elle n'a en général aucun besoin des rushes. Elle a besoin d'un export de plus, que vous faites en vingt minutes.
| Ce à quoi ressemble la demande | Ce à quoi ça sert vraiment | Ce que ça devrait coûter |
|---|---|---|
| Peux-tu envoyer les fichiers bruts | La version dans l'autre langue | Un second livrable, facturé comme tel |
| Pour notre archive | Remonter pendant un an sans vous | Plus cher que la vidéo d'origine |
| Notre monteur veut juste les plans propres | Un export précis | Rien, faites l'export vous-même |
| C'est standard dans nos fichiers fournisseurs | Une politique jamais budgétée | Demander ce que la politique paie |
La quatrième ligne est la version agence belge, et elle mérite une question calme plutôt qu'un refus. Une politique fournisseur qui exige les rushes a été écrite par quelqu'un qui n'a jamais demandé ce que valent des rushes, et poser la question suffit souvent à faire apparaître une ligne au budget.
Le montage est ce pour quoi vous étiez payé
Céder la matière brute rend le montage rétroactivement facultatif, et le montage était le travail.
N'importe qui peut tenir un téléphone près d'un produit. Ce que vous avez ajouté, ce sont les vingt prises que vous avez écartées, les quatre secondes coupées au début, l'ordre dans lequel vous avez posé les choses. Envoyer la carte entière dit que tout cela n'était qu'une préférence de rendu, et le brief suivant sera tarifé en conséquence.
C'est le vrai coût, et il ne concerne pas une campagne. Il concerne ce que le client croit acheter la prochaine fois.
Dire oui correctement
La réponse n'est pas non. C'est oui, à des conditions, et les conditions tiennent en trois lignes.
Facturez-les comme un livrable à part et non comme une faveur accrochée à la facture, et dimensionnez le prix par ce que ça permet: ils achètent la capacité de faire d'autres vidéos sans vous, ce qui vaut plus qu'une vidéo avec vous. Livrez des prises sélectionnées plutôt que la carte entière, pour que ce que vous envoyez soit de la matière et pas l'archive de vos ratés. Et posez la question de la langue directement, parce qu'en Belgique c'est tout l'enjeu: dites si les images peuvent être re-voicées ou sous-titrées dans une autre langue, et si oui, c'est un second marché et il se facture.
Rien de tout cela n'est agressif. C'est la conversation qu'un photographe a depuis cinquante ans, et les clients la reconnaissent immédiatement.
Ce qui va sur le devis
Une ligne, écrite avant le tournage plutôt que négociée après.
Dites que la livraison est la vidéo finie dans les formats convenus, que les fichiers bruts sont disponibles en poste séparé, et que tout re-voicing ou traduction des images relève d'une licence distincte. Un client qui comptait demander demandera maintenant, au moment du devis, c'est-à-dire au moment où ça lui coûte une ligne de budget au lieu de vous coûter un marché.
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Questions fréquentes
Est-ce impoli de refuser?
Non, et le présenter comme un refus est l'erreur. Proposez-le comme une option tarifée et la conversation cesse de porter sur la confiance.
Et s'ils ont déjà les fichiers d'une mission précédente?
Alors c'est le devis suivant qui pose les conditions, et vous pouvez dire simplement que les images du projet précédent ont été livrées pour ce projet. La plupart des marques l'acceptent sans discuter, parce que c'est ainsi que fonctionne tout autre fournisseur.
Dois-je conserver les rushes?
Gardez-les le temps que court votre accord, puis décidez. Le stockage coûte peu et la demande arrive souvent tard, mais vous n'êtes pas l'archive permanente d'un client qui a payé une vidéo.
Est-ce que ça vaut pour une petite marque sans monteur?
Encore plus. Une petite marque qui demande les rushes compte en général les faire monter par un proche ou un indépendant, ce qui est le même second marché avec un budget plus petit accroché dessus.