« Vous aviez dit bilingue. »

Ce n'est pas encore une accusation. C'est une phrase prononcée avec précaution, dans une cuisine, quarante minutes après le début d'un tournage qui ne fonctionne pas, et elle le devient peu après.

Personne dans cette pièce n'a été malhonnête. C'est précisément ce qui rend le sujet intéressant.

Pourquoi les créateurs se surestiment

Dans un pays à deux grandes communautés linguistiques et beaucoup de gens quelque part entre les deux, presque tout le monde a une seconde langue qu'il possède à moitié.

Personne ne croit mentir

Les niveaux sont réellement flous, et les mots qui servent à les dire ne valent rien.

Notions, bon niveau, courant, bilingue : aucun de ces termes ne veut dire quelque chose de précis, et aucun ne distingue les deux situations qui comptent vraiment. Commander à déjeuner, suivre une réunion et plaisanter avec un collègue est une compétence. Livrer quatre-vingt-dix secondes face caméra, du premier coup, sans lire, tout en manipulant un produit et en respectant un brief, en est une autre.

La première est répandue. La seconde est plus rare qu'on ne le croit, et elle exclut des gens réellement courants qui se figent dès qu'un objectif entre en jeu.

Le marché récompense la surestimation, jusqu'au moment où il cesse

Cocher la seconde langue fait entrer dans davantage de listes courtes, et ce retour arrive immédiatement.

Le coût arrive bien plus tard et atterrit à un endroit que vous ne relierez pas à la décision : un tournage qui déborde, une marque qui se tait, une mission qui ne se renouvelle pas. Dans un marché de cette taille, c'est la dernière qui coûte cher.

Ce que vous savez réellement faireCe que la marque comprendCe que cela coûte le jour même
La comprendre parfaitementQue vous pouvez présenter dedansDes prises qui sonnent traduites
La parler à l'aise hors caméraQue vous improvisez face caméraDe la lecture, et cela s'entend
La parler avec un accent d'ailleursRien, et c'est en général sans effetRien, si la marque a été prévenue
La lire à voix haute correctementQue vous y êtes à l'aiseUne diction raide, inutilisable
Rien, mais apparaître sans parlerRien, sauf si vous le ditesRien, et c'est souvent suffisant

La quatrième ligne est le piège. Savoir lire un texte à voix haute est la compétence le plus souvent confondue avec la langue, par le créateur autant que par l'acheteur.

Dites-le en livrables, pas en niveaux

Un niveau appelle une discussion. Un livrable se vérifie, et le vérifier prend dix secondes.

Quoi écrire à la place

Remplacez l'étiquette par une phrase sur ce que vous remettrez. Je livre face caméra en français et je peux enregistrer une voix off en néerlandais à partir d'un script. Ou : je livre en néerlandais, et en français je peux apparaître à l'image sans parler, avec sous-titres.

Ensuite, au moindre doute, proposez le clip d'essai de trente secondes avant la réservation plutôt qu'après. Cela ne vous coûte presque rien, cela retire tout le risque pour la marque, et cela convertit. Une marque est bien plus à l'aise pour réserver une limite annoncée qu'elle a vue qu'une force non dite qu'elle doit croire.

Quand une demi-langue suffit vraiment

Beaucoup de missions payées n'exigent pas que vous parliez.

Les formats muets avec texte incrusté, les démonstrations en mains seules, les déballages montés sur une musique et les pièces dont la voix off est enregistrée par quelqu'un d'autre sont courants, payés, et indifférents à votre seconde langue. Si cela décrit ce que vous faites bien, dites-le simplement et cessez d'y voir une lacune. C'est une spécialité, et elle se réserve.

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Questions fréquentes

Un accent d'une autre région me dessert-il ?

Presque jamais, et beaucoup moins que les créateurs ne le redoutent. Ce qui pose problème n'est pas l'origine de l'accent, c'est une diction qui s'entend lue. Dites quel accent vous avez pour que personne ne soit surpris, et n'en faites pas plus.

Et si je m'en rends compte en plein tournage ?

Dites-le tout de suite au lieu de forcer. Il existe presque toujours une version qui tient encore, des plans muets, une voix off enregistrée plus tard, un second créateur pour cette langue, et toutes sont disponibles à la quarantième minute et perdues à la quatre-vingt-dixième.

Faut-il mettre un clip d'essai sur son profil ?

Oui, un clip court dans chaque langue annoncée. Il répond à la question avant qu'on la pose, et c'est la chose la plus utile d'un profil de créateur belge.

Puis-je progresser assez pour l'annoncer plus tard ?

Oui, et ce qu'il faut travailler n'est pas le vocabulaire. C'est parler à une caméra sans script, une compétence distincte que la plupart des gens n'entraînent dans aucune langue.